Si la loi interdisant les VEO ne fait pas forcément l’unanimité même au sein de la Ruche de Miel Citron, il nous semblait important de laisser la parole aux personnes qui militent contre les Violences Educatives Ordinaires (VEO). C’est Stéphanie, correspondante Miel Citron dans l’Allier (03) qui prend aujourd’hui la parole sur ce sujet. 

Le 29 novembre prochain, sera présentée devant l’assemblée nationale, une loi interdisant les Violences Educatives Ordinaires (VEO) en France. La France deviendrait alors le 55ème pays du monde à abolir les violences envers les enfants. A quelques jours du vote de cette loi, les esprits s’échauffent sur les réseaux sociaux et les commentaires vont bon train.

Entre les « pro fessées » et ceux qui montent au créneau contre toute forme de violence, la bienveillance n’est pas toujours de mise et il est parfois difficile d’y voir clair. Mais alors, qui a raison ?

Un peu d’histoire pour commencer.

En 1979, nos amis suédois sont les premiers à faire passer cette loi anti VEO. A l’époque, les VEO sont monnaie courante dans l’éducation des enfants là-bas, un peu comme … en France aujourd’hui. En effet, en 2016, 87 % des parents français admettaient exercer des violences physique sur leurs enfants.

Suite à la promulgation de cette loi en Suède, de nombreuses campagnes de publicité sont faites à destination des parents, qui sont accompagnés dans leurs nouvelles pratiques éducatives. Un choix politique fort est fait. Aujourd’hui, cette loi est rentrée dans les mœurs, et cela ne  viendrait même pas à l’idée d’un parent suédois de lever la main sur sa progéniture. Encore plus impressionnant, comme le montre une scène du film documentaire « Même qu’on nait imbattables » réalisé par Marion Cuerq et Elsa Moley, certains enfants suédois ne savent même pas ce qu’est une claque ! Une scène surréaliste du film qui fait réfléchir.

23 pays de l’UE ont adopté un texte similaire à celui voté en Suède les décennies suivantes. Parmi lesquels l’Espagne en 2007, et l’Allemagne en 2000. À l’échelle internationale, la France arrive même après le Népal, qui vient d’adopter une loi de ce type, le Turkménistan en 2002 et le Sud-Soudan en 2011. Le pays s’était pourtant engagé dès 1989 en signant la Charte internationale des droits de l’enfant à faire figurer dans la loi un article très clair interdisant tout châtiment corporel.

En 2015, le Comité des droits sociaux du Conseil de l’Europe pointait la France du doigt pour son absence de loi anti-fessée. En 2017, l’article relatif aux violences éducatives inclu dans la loi « Égalité et Citoyenneté » est retoqué par le Conseil constitutionnel sous prétexte qu’il n’est pas « assez précis ».

La loi proposée aujourd’hui doit servir à se mettre en conformité avec la convention internationale des droits de l’enfant dont l’anniversaire a été fêté le 20 novembre dernier. La France est hors la loi par rapport à ce texte depuis presque 29 ans parce qu’elle n’a pas adopté de position claire en la matière, interdisant les violences éducatives ordinaires. En France, même s’il y a des textes pénaux qui répriment les violences faites aux enfants, il persiste encore le droit de correction qui engendre des difficultés au sein des tribunaux car les juges sont obligés de déterminer s’il y a une violence qui est une maltraitance ou s’il y a une violence à titre éducative. Il n’y a pas de violence juste.

Alors qu’en est-il de cette loi ?

Comme le rappelle Maud Petit, députée du Val de Marne, « Cette loi est à caractère civil donc elle aura un but pédagogique pour, essentiellement, accompagner les parents pour dire qu’il y a d’autres modes d’éducation des enfants. Ils seront soutenus en fait dans leur parentalité. Il ne faut surtout pas que les parents aient peur parce qu’on accorde des droits aux enfants, a fortiori ce sont les mêmes droits que les adultes, et croient qu’on leur enlève quelque chose. »

Ce texte contient 2 articles : le premier dispose que « les enfants ont droit à une éducation sans violence » et que « les titulaires de l’autorité parentale ne peuvent user de moyens d’humiliation tels que la violence physique et verbale, les punitions ou châtiments corporels, les souffrances morales”.

Qu’en est-il du fameux « On a tous reçu des fessées et on en est pas morts ? »

Les avancées récentes dans les neurosciences nous renseignent sur les conséquences à plus ou moins long terme des violences subies dans l’enfance.

Plus un enfant subit de violences (même dites « ordinaires »), plus la zone du cerveau pré frontal (siège des différentes fonctions cognitives dites supérieures, tels que le langage, la mémoire de travail, le raisonnement, la planification, le sens de l’humour ou encore l’empathie.) va s’atrophier à cause de la libération prolongée et fréquente de cortisol dans son organisme (le cortisol étant une hormone du stress).

De plus, quand un enfant subit une violence physique ou psychologique, l’hippocampe (centre de l’apprentissage) est inondé de cortisol, détruisant des neurones et activant le centre de la peur. Or un enfant paralysé par la peur n’est pas en capacité apprendre.

Par ailleurs, le centre de la peur peut être déréglé à long terme et entraîner des troubles psychologiques à l’âge adulte.

Enfin, certains enfants vont répondre différemment aux violences éducatives ordinaires : par la rébellion, par la revanche, par la rancœur, par la reproduction de la violence… Ces enfants sont alors considérés comme « entêtés », « difficiles », « terribles » et les adultes vont se montrer encore plus violents dans une optique éducative. En ce sens-là, les violences éducatives sont d’autant plus dangereuses qu’elles mènent à une escalade de la violence pouvant mener à de la véritable maltraitance : quelle est en effet la limite entre une violence « acceptable », « éducative », « qui ne fait pas vraiment mal », qui est pour le « bien » des enfants et une « vraie » violence maltraitante dont tout le monde s’indigne ? Tout ce qu’on fait à un enfant, tout ce qu’il voit va s’encoder dans son cerveau. Les comportements des adultes influencent la construction des enfants car ils s’impriment dans leur cerveau comme un modèle, comme des réactions normales.

Dans un pays où on condamne sans que personne ne s’insurge les violences faites aux femmes, aux animaux, pourquoi laisse-t-on les adultes s’en prendre aux enfants de quelque façon que ce soit ? Pourquoi un enfant, proie facile et fragile n’aurait-il pas lui aussi des droits à faire respecter quand un adulte se comporte de manière injuste et violente envers lui ? Pourquoicroit-on que ne pas « corriger » son enfant, c’est être laxiste ? Dépassé ? Avoir baissé les bras ? Sortons enfin de ce schéma dominant/dominé, arrêtons de croire que les enfants vont nous « bouffer » si on ne les soumet pas à notre autorité de quelque manière que ce soit et profitons enfin de cette magnifique relation que nous offre le rôle de parents.